L’état des lieux de sortie est un document contradictoire, signé par le locataire et le bailleur, qui décrit l’état du logement pièce par pièce au moment de la restitution des clés. Sa comparaison avec l’état des lieux d’entrée détermine les éventuelles retenues sur le dépôt de garantie. Préparer cet examen du logement ne se limite pas à un coup de balai : certaines distinctions juridiques et quelques vérifications techniques changent réellement l’issue financière du départ.
Vétusté et dégradation locative : la distinction qui conditionne les retenues
Avant de toucher au moindre mur, il faut comprendre ce que le bailleur peut légalement retenir. La loi sépare deux catégories : la vétusté (usure normale liée au temps et à un usage courant) et la dégradation imputable au locataire. Un parquet qui ternit après plusieurs années de passage relève de la vétusté. Un trou percé dans une porte ou une moquette brûlée constitue une dégradation.
Cette distinction a des conséquences directes sur le montant restitué. Le bailleur ne peut pas facturer le remplacement à neuf d’un équipement vétuste. Si une grille de vétusté a été annexée au bail, elle fixe un coefficient de réduction selon l’ancienneté de chaque élément. En l’absence de grille, c’est l’appréciation contradictoire, puis éventuellement le juge, qui tranche.
Relisez votre bail avant toute chose. Vérifiez si une grille de vétusté y figure et, le cas échéant, calculez l’abattement applicable aux éléments usés. Cela vous évitera d’engager des frais de remise en état sur des points que le bailleur ne pourrait de toute façon pas retenir.

Retenues sur le dépôt de garantie : ce que la jurisprudence récente encadre
Les délais de restitution du dépôt de garantie sont connus, mais plusieurs décisions récentes précisent la nature des sommes que le bailleur peut effectivement retenir.
Créances personnelles exclues des retenues
La Cour de cassation a jugé que des bailleurs de logement meublé ne peuvent pas conditionner la restitution du dépôt de garantie au paiement d’une facture de gaz relevant d’un contrat souscrit à titre strictement personnel par la locataire. Seules les sommes liées à l’exécution du bail sont déductibles : loyers impayés, charges récupérables, réparations locatives justifiées.
Concrètement, si votre bailleur tente de retenir un montant pour une facture d’énergie à votre nom, cette retenue est contestable. Conservez vos propres justificatifs de résiliation de contrat d’énergie pour couper court à toute discussion le jour du départ.
Maintien dans les lieux et indemnité d’occupation
À l’inverse, un locataire qui reste dans le logement après la fin du bail s’expose à une indemnité d’occupation. Une décision de la troisième chambre civile du 29 janvier 2026 (n° 24-20.758) a confirmé que cette indemnité d’occupation est imputable sur le dépôt de garantie. Libérer le logement à la date convenue reste donc la meilleure protection financière.
Préparer le logement pièce par pièce avant l’état des lieux de sortie
La préparation concrète du logement gagne à être méthodique. Munissez-vous de votre état des lieux d’entrée et parcourez chaque pièce en le comparant à l’état actuel. L’objectif est de repérer les écarts que le bailleur notera, et de corriger ceux qui relèvent de votre responsabilité.
- Murs et plafonds : rebouchez les trous de cheville avec un enduit adapté, puis poncez légèrement. Si les murs étaient blancs à l’entrée et que vous les avez repeints dans une couleur vive, une remise en peinture neutre peut vous épargner une retenue.
- Sols : nettoyez en profondeur les joints de carrelage et traitez les taches sur le parquet ou la moquette. Les rayures légères sur un parquet ancien relèvent généralement de la vétusté.
- Équipements sanitaires : détartrez robinets, pommeaux de douche et cuvette. Remplacez un joint de silicone noirci, opération peu coûteuse qui évite un devis de remise en état facturé par le bailleur.
- Fenêtres et volets : vérifiez le fonctionnement des poignées, des gonds et des mécanismes d’ouverture. Graissez si nécessaire. Nettoyez les vitres des deux côtés.
- Appareillage électrique : testez chaque interrupteur et prise. Remplacez les ampoules grillées, y compris celles des placards ou de la hotte.
Cette vérification pièce par pièce, comparée point par point avec le document d’entrée, constitue votre meilleure préparation.

Le jour de l’état des lieux : conditions et réflexes à adopter
Le document doit être établi dans de bonnes conditions d’éclairage, de préférence en journée. Un état des lieux réalisé de nuit ou dans un logement où l’électricité est déjà coupée rend l’examen des surfaces peu fiable, et peut être contesté.
Apportez votre exemplaire de l’état des lieux d’entrée, un appareil photo (un téléphone suffit) et les clés de tous les accès (cave, boîte aux lettres, garage). Photographiez chaque pièce avant la signature pour disposer d’une preuve datée en cas de désaccord ultérieur.
Si un désaccord survient sur un point précis, vous pouvez le noter directement sur le document avec une mention manuscrite. En cas de blocage complet, chaque partie a la possibilité de faire appel à un commissaire de justice pour établir un constat locatif. Les frais sont alors partagés par moitié entre locataire et bailleur.
Restitution des clés et délai de remboursement du dépôt de garantie
La remise des clés marque le point de départ du délai de restitution du dépôt de garantie. Si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée, le bailleur dispose d’un mois pour restituer la somme. En cas d’écarts constatés, ce délai passe à deux mois.
Toute retenue doit être justifiée par des documents : photos comparatives, devis ou factures de réparation. Le bailleur ne peut pas appliquer une retenue forfaitaire sans justificatif. Conservez une copie signée de l’état des lieux de sortie et un récépissé de remise des clés.
Le dernier point à garder en tête : chaque retenue contestée sera examinée au regard de la grille de vétusté annexée au bail, ou à défaut selon l’ancienneté réelle des équipements. Conserver les photos datées du jour du rendez-vous reste le moyen le plus direct de trancher un litige sans recourir à un juge.

